Le marché des contrats à terme sur l'huile de palme brute (CPO) a débuté l'année 2026 avec une note de prudence. Le contrat de référence de mars 2026 sur la Bursa Malaysia Derivatives a clôturé la dernière séance de 2025 à 3 998 MYR la tonne. Le 2 janvier 2026, les cours ont enregistré une légère baisse, se négociant autour de 4 002 MYR la tonne, soit un recul d'environ 1 % par rapport à la veille, marquant une baisse de 1,19 % par rapport à la clôture précédente. Cette faiblesse initiale est attribuée à la prise de bénéfices et aux préoccupations concernant la demande à très court terme, contrastant avec les anticipations d'une reprise des prix d'ici février 2026, stimulée par les périodes de forte consommation que sont le Nouvel An lunaire et le Ramadan.
Gnanasekar Thiagarajan, responsable des stratégies de trading et de couverture chez Kaleesuwari Intercontinental, anticipe que cette demande saisonnière pourrait pousser les prix au-dessus du seuil de 4 000 MYR la tonne, bien que la vigueur du ringgit malaisien puisse modérer cette appréciation. Le cours de l'euro par rapport au ringgit malaisien indiquait le 1er janvier 2026 que 1 EUR valait entre 4,7500 MYR et 4,7700 MYR, et le 2 janvier 2026, 1 EUR valait 4,7709 MYR. Cette conjoncture monétaire rend les exportations libellées en dollars plus onéreuses pour les acheteurs internationaux.
Plusieurs facteurs macroéconomiques et fondamentaux exercent une pression baissière sur le CPO. Les prix du pétrole brut ont un impact direct sur la compétitivité des huiles végétales. Le 2 janvier 2026, le Brent se négociait près de 61 USD le baril, ayant enregistré une perte annuelle de 19,91 % en 2025, tandis que le WTI s'établissait autour de 57,79 USD le baril, après avoir enregistré sa plus forte perte annuelle depuis 2020 avec un recul de 20 % en 2025. Cette faiblesse des prix de l'énergie tempère l'attrait des biocarburants dérivés de l'huile de palme.
Les données d'exportation de décembre 2025 reflètent cette pression. AmSpec a rapporté une contraction des expéditions malaisiennes de 5 % pour ce mois, totalisant 1,2 million de tonnes, tandis que les sociétés d'expertise en fret ont noté une chute des expéditions de 5,2 % à 5,8 % pour la période du 1er au 25 décembre par rapport à novembre. Les exportations totales de décembre 2025 ont été estimées à 1 197 434 tonnes métriques, en baisse par rapport aux 1 263 298 tonnes métriques de novembre, selon AmSpec Agri.
Néanmoins, les perspectives à moyen terme demeurent soutenues par des fondamentaux d'offre et de demande plus favorables, selon le Conseil malaisien de l'huile de palme (MPOC). Le MPOC prévoit que la production malaisienne de CPO se modérera à 19,7 millions de tonnes en 2026, les vergers entrant dans une phase de repos biologique naturelle après une performance solide en 2025. Cette modération de l'offre est projetée en tandem avec une augmentation des exportations malaisiennes à 16,2 millions de tonnes pour 2026, ce qui devrait favoriser un équilibre plus sain entre l'offre et la demande et une normalisation progressive des stocks.
L'Inde, principal acheteur, a montré des signes de demande robuste en fin d'année, ses importations ayant augmenté de 66 % au cours des 25 premiers jours de décembre par rapport au mois précédent, les raffineurs ayant profité des prix plus bas. Cette demande indienne, combinée aux besoins saisonniers du Ramadan et du Nouvel An chinois, constitue un pilier de la projection haussière pour février 2026, potentiellement au-dessus de 4 000 MYR la tonne. La dynamique des prix sera également influencée par la réduction de la disponibilité des exportations d'huile de soja américaine due à l'augmentation de son utilisation domestique pour le biodiesel en 2026.
L'industrie malaisienne, selon le directeur général du Malaysian Palm Oil Board (MPOB), Datuk Dr Ahmad Parveez Ghulam Kadir, est considérée comme structurellement solide malgré les risques climatiques et les questions de durabilité liées au remplacement des arbres vieillissants. L'économiste Dr Mohd Zulkufli Zakaria projette une fourchette de prix pour le CPO en 2026 se situant entre 3 800 MYR et 4 500 MYR la tonne, indiquant une volatilité persistante mais un soutien fondamental continu grâce à la demande mondiale stable, y compris pour les biocarburants.
En conclusion, le marché du CPO navigue actuellement entre des vents contraires immédiats, principalement liés à la force de la monnaie locale et à la faiblesse des prix de l'énergie, et des facteurs de soutien structurels et saisonniers. La capacité des prix à dépasser durablement la barre des 4 150 MYR la tonne sera un test technique pour déterminer si la demande saisonnière peut surmonter la pression des facteurs macroéconomiques et des prises de bénéfices de fin d'année.


